Mon musée balnéaire est un cousin à la mode de Bretagne du Musée imaginaire de Malraux. S’il s’agit bien de partager des films ou des œuvres que j’ai photographiées dans des musées, galeries, expositions…, j’y ajoute un mariage avec des lieux de Damgan. Je perçois ces liens sacrés à l’insu de mon plein gré. Quand je marche, m’apparaissent quelquefois mentalement des photos d’œuvres qui dorment dans mes tiroirs numériques.
Selon Malraux on a chacun son propre musée mental, un musée sans murs, où chaque homme peut, à son gré, rassembler les chefs-d’œuvre du monde entier. Il aime dire qu’il ne s’agit plus de voir les œuvres mais de les penser (1), pour moi il s’agit surtout d’y repenser et de pointer de beaux souvenirs d’œuvres qui se collent avec des formes ou des couleurs aperçues le long des rues ou de l’Océan; visions contingentes qui ne percent pas non plus tous les jours sur une presqu’île de quelques kilomètres carrés. Une sorte de mayonnaise muséo-balnéaire.
Quand fut la première fois ? Le tee-shirt d’une estivante qui me fit penser à Lauren Bacall dans le film où elle tombe en amour de Humphrey Bogart ? Ou, comme une évidence, le château d’eau de Damgan qui, empaqueté pour travaux d’embellissement, rapproche de l’œuvre de Christo et de Jeanne-Claude ? Parfois, ces liens sacrés peuvent sembler moins pertinents comme de rapprocher les murs de la Maison de l’enfance des œuvres de Niele Toroni, certains diront que c’est abuser, selon l’acception juvénile de l’expression, mais ça se passe comme ça. Un jour en face de la maison de l’Enfance, j’ai vraiment pensé à Niele Toroni en allant tirer du liquide au distributeur. Une manière de penser grand large.
1. Les Voix du silence (1951), André Malraux