Les municipales 2026 sont dans deux jours, ça brûle. Un article paru dans Ouest-France du jeudi 5 mars analysait les noms des listes en lice en France, cela m’a amené à ressortir les listes présentées aux municipales de Damgan depuis 1989. Elodie Mielczareck, sémiolinguiste, rapportait dans cet article qu’ On est plutôt dans un registre de coton qui rassure, cajole, anesthésie. Elle soulignait une représentation du consensuel.
Pour Damgan avec quinze listes pour les sept dernières élections municipales le champ d’étude est un jardinet, avec la curiosité de déterrer des noms de listes bien oubliés. Mais tatonnons dans l’analyse. Consensuel, oui, avec nombre d’en avant, en marche, s’engager, avançons… qui parient sur l’avenir. Ce progressisme affiché est néanmoins démenti à chaque élection nationale qui donne régulièrement un vote conservateur.
Toujours conservateurs, certains intitulés fleurent bon le cocooning, avec un sentiment du On est bien chez nous. Soit, mais pour qui ? L’accès au logement des jeunes est le sujet majeur des municipales à Damgan, comme sur la côte Atlantique, où le nombre d’électeurs excède le nombre d’habitants permanents. Faut-il traduire la volonté d’un entre-soi qui snoberait la présence des résidents dits « secondaires », désormais souvent candidats.
Cette recension des listes ne mentionne pas les candidats appelés « papillons ». Avant les municipales de 2014, les communes comme Damgan bénéficiaient d’élections avec panachage. J’avoue avoir eu du plaisir à ajouter ou à biffer des noms dans l’isoloir avec mon crayon, c’était un plaisir fortement partagé selon un sondage maison.
Vendredi 13 mars 2026
C’ est une histoire de grammaire et de petite politique municipale gravée sur marbre au cœur de la mairie de Damgan.
Lors de mon premier vote dans la commune, au début des années quatre-vingt, je suis passé devant la plaque de marbre sur laquelle sont gravés les noms des maires qui se succèdent à Damgan depuis le divorce de la commune avec sa voisine Ambon en 1824.
J’y ai vu écrit en lettres d’or Les maires qui se sont succédés… Eh oui Succédé avec un S au pluriel pour ce verbe transitif indirect non essentiellement pronominal ! Pas tragique mais voici la règle : Le participe passé de succéder est toujours invariable puisque ce verbe ne peut avoir de complément d’objet direct. (1)
Mon indignation n’avait pas beaucoup d’écho quand je parlais de cet accord malheureux, il faut se souvenir qu’on nous a rabâché que les participes passés conjugués avec l’auxiliaire être s’accordaient toujours au pluriel. Mais écrire sur du marbre requiert une plus grande rigueur républicaine.
Municipales de 1989, une nouvelle équipe obtient la majorité. Cette équipe, qualifiée de rêveuse par une liste défaite, m’entend. Elle fait buriner ce S contraire aux préceptes unanimes de MM. Larousse, Grevisse, Littré, Dournon, Bescherelle, Robert, Rey…
Arrivent les municipales de 1995, la majorité sortante ne se représente pas. Grosso modo c’est le retour des sans-étiquettes-de-droite qui dénonçaient les rêveurs six ans auparavant. Le S est regravé, comme un revanche cognée dans la pierre contre les incapables de l’équipe précédente.
Les aller et retour du burin dans la profondeur du marbre ont rendu le S bien raviné, il serait bienvenu que la prochaine municipalité qui sera élue en mars 2026 le supprime de nouveau, puisque nouveau maire il y aura, mais attention ! Le buriner avec doigté, le risque est de trouer la plaque et d’arriver au mur de soutien.
Il ne s’agit pas de défendre un conservatisme grammatical (2) mais d’éviter que le droit ne dérive. Car si se succéder à soi-même peut exister dans le cadre de règles constitutionnelles démocratiques, c’est très inquiétant politiquement de voir des élus quitter la transitivité indirecte pour la transitivité directe et prétendre se succéder eux-mêmes sans fin en adaptant leurs lois. Je vois bien les égotistes Trump, Poutine, Orban, Erdogan et autres dire transitivement et directement Nous sommes succédés nous-mêmes pour toujours.
C’est du charabia de petits esprits inquiétants qui se plaisent à méconnaître tout ce qui est trans… J’appréhende ces ambiances menaçantes qui font dire à Oreste dans Andromaque : Pour qui sont ces S qui sifflent sur nos têtes.
Février 2026